"Dernière estampille sur un passeport où les noms griffés des villes n'avaient plus d'autre histoire à raconter que celle de l'absence."
"Depuis toujours, Julia savait que lorsqu'on imagine, on cherche en vain la clarté du jour, qu'il suffit de renoncer un seul instant à ses rêves pour qu'ils s'évanouissent, quand ils sont exposés à la lumière trop vive de la réalité. Où se trouve la frontière de notre enfance ?"
"Son intuition avait toujours été sa meilleure alliée, le temps avait nourri son imaginaire. Alors, pourquoi ne pas croire ?"
"- [...] Si tu ne le fais pas pour toi, fais-le pour l'une de mes grandes amies, je te la présenterai un jour, c'est une maman formidable.
- Qui ça ? demanda Julia avec une pointe de jalousie dans la voix.
- Toi, dans quelques années."
"Cachée à l'abri d'un présentoir, elle regardait Anthony, sans que ce dernier s'en aperçoive. Assis dans la salle d'embarquement, les yeux perdus vers les pistes d'envol, il fixait le lointain et, pour la première fois, Julia eut l'impression que son père lui manquait."
"Et il raccrocha sans laisser la moindre chance à Julia d'avoir le dernier mot. La communication coupée, il regarda son téléphone et ajouta :
- Pars avec qui tu veux, mais ne va pas t'amouracher d'un Canadien qui te garderait dans son pays. Une journée sans toi, c'est long, et je m'emmerde déjà !"
"Du soir au matin et du matin au soir, Julia dessinait. Elle avait essayé presque tous les bancs du jardin du Luxembourg, parcouru chacune des allées, s'était allongée sur des pelouses interdites, pour y observer la marche maladroite des oiseaux qui seuls étaient autorisés à s'y poser."
"Je me souviens de chaque mot."
"Je pleurais comme une conne et toi tu m'as souri."
"Tu as dit, le monde est grand, l'amitié est immense."
"Comme deux loups séparés de la horde et qui se retrouvent au détour d'une forêt, vous êtes restés immobiles à vous observer. Et puis Knapp a prononcé ton prénom. "Tomas ?" Vos silhouettes étaient belles sur les pavés de Berlin-Ouest. Tu serrais ton ami dans tes bras. La joie sur vos visages était sublime. Antoine pleurait, Mathias le consolait. S'ils avaient été séparés aussi longtemps, leur bonheur de se retrouver serait le même, lui jurait-il. Antoine redoublait de sanglots en lui disant qu'une telle chose était impossible, puisqu'ils ne se connaissaient pas depuis si longtemps. Tu as posé ta tête sur l'épaule de ton meilleur ami. Tu as vu que je te regardais, tu t'es redressé aussitôt et tu m'as répété "Le monde est grand, mais l'amitié est immense", et Antoine est devenu inconsolable."
"Cent fois je t'ai posé la question et cent fois tu as esquivé la réponse, m'adressant l'un de ces sourires en coin que tu me réservais quand je t'énervais."
"Si tu savais, Tomas, comme j'ai eu peur ce jour-là, peur de ne jamais connaître tes lèvres. Tu étais entré dans ma vie comme arrive l'été, sans prévenir, avec ses éclats de lumière qu'on retrouve au matin. Tu as passé la paume de ta main sur ma joue, tes doigts sont remontés le long de mon visage et tu as déposé un baiser sur chacune de mes paupières. "Merci." C'est le seul mot que tu as prononcé alors que tu t'éloignais déjà."
"Aussitôt dans la rue, tu m'as prise par la main, et chaque fois que je te demandais vers où nous courions si vite, tu répondais, "Viens, viens"."
"L'édifice était un immense carré, mais, quand nous sommes entrés, l'espace intérieur avait la forme d'une rotonde. [...]Tu m'as conduite au centre de cette rotonde, fait faire un tour complet sur moi ; puis un second, un autre encore et tu m'as forcée à tourner de plus en plus vite, jusqu'à ce que le vertige me prenne. Tu as stoppé ma valse folle en me serrant dans tes bras et tu as dit, voilà, c'est cela le romantisme allemand, un rond au milieu d'un carré, pour prouver que toutes les différences peuvent s'épouser."
"Il paraît que si l'on saute au milieu d'une flaque d'eau où se reflète la pleine lune, son esprit vous emmène aussitôt auprès de ceux qui vous manquent. Tu aurais dû voir la tête de mon associé quand j'ai sauté à pieds joints dans le caniveau."
"Les journaux ne donnaient aucune précision, quatre victimes, cela suffit au monde ; qu'importent l'identité de ceux qui meurent, leurs vies, les noms de ceux qu'ils laissent dans l'absence."
"Se confier à un inconnu, ce n'est pas comme à un proche, cela ne rend pas la vérité irréversible, ce n'est qu'un abandon que l'on peut effacer à la gomme de l'ignorance"
"J'ai cherché l'ombre de ton corps dans celles qu'étiraient les arbres sur les trottoirs au matin, les traits de ton visage dans les reflets de l'Hudson ; j'ai cherché tes mots en vain dans tous les vents qui parcouraient la ville."
"Il suffit souvent d'un rien, d'un objet retrouvé, d'une odeur, pour vous rappeler la mémoire d'un être disparu."
"- Qu'est-ce qu'il y a ? demanda Tomas.
- Il y a que si tu voulais vraiment m'offrir un cadeau, il fallait que tu le choisisses toi, que tu fasses un joli paquet, que tu le caches comme une surprise, parce que cela aurait été une surprisE. Ca s'appelle être attentionné Tomas, c'est une chose rare que les femmes apprécient beaucoup."
"- Affirme-toi, Tomas, arrête de passer ta vie à fuir les gens que tu aimes au lieu de les affronter."
"- Ne te trompe pas, Julia, on ne mène pas sa vie dans des souvenirs qui se confondent en regrets. Le bonheur a besoin de quelques certitudes, si minimes soient-elles."
"Pas un recoin de Berlin où nous ne marchions le soir sans qu'il me parle d'un souvenir de vous qui lui rappelaient la devanture d'un café, un banc dans un parc, une table dans un taverne, les berges d'un canal."
"Ce qu'elle voyait ne lui plaisait pas du tout. Les paupières gonflées, les yeux et le bout du nez encore rouges, vingt ans d'attente pour tomber dans les bras d'un lapin albinos, autant faire demi-tour."
"- Et comment peut-il savoir que je ressemble à un hérisson ?
- Il faut croire qu'il est très intuitif, perspicace, ou que je lui parlais souvent de toi."
"- Là je te retrouve enfin, telle que je n'ai cessé de t'aimer...
- Je connais un moyen infaillible de savoir si nous aurions eu une chance... ou pas.
- Lequel ?
Julia posa ses lèvres sur celles de Tomas. Le baiser dura, semblable à celui de deux adolescents qui s'aiment au point d'en oublier le reste du monde."
"- J'ai apprivoisé la solitude, il faut une patience terrible."
"- L'important, ma chérie, ce n'est pas de savoir dans quelle ville ou quel coin du monde se trouve l'autre, mais où il se situe dans l'amour qui nous lie à lui. Les erreurs ne comptent pas, Julia, il n'y a que ce que l'on vit."
"- [...] Je dis n'importe quoi mais je déteste quand tu es silencieuse comme cela.
- Pourquoi ?
- Parce que je n'arrive plus à compter le nombre de pensées qui te passent par la tête."