"Elle n'était elle-même qu'en devenant quelqu'un d'autre. Comme s'il y avait un vide à combler en elle ; comme si la vraie vie ne lui suffisait pas."
"Plus rat des villes que rat des champs, elle ne rêvait pas de campagne, de silence ni de petits oiseaux. Elle avait besoin de mouvement, de magasins ouverts vingt-quatre heures sur vingt-quatre juste pour savoir que c'était possible.
Bien sûr, tout ça était excessif et superficiel, comme une sorte de boîte de nuit géante au milieu de Manhattan ! Bien sûr, on pouvait trouver cet endroit horrible avec ces publicités agressives, cette musique assourdissante et cette fumée qui sortait de partout.
Mais ici elle se sentait vivante. Ca grouillait de monde mais au moins on n'était pas seul."
"Mais elle avait des valeurs. Et c'est à ces valeurs qu'elle s'était souvent raccrochée quand tout allait mal."
"Ne la laisse pas partir ! Trouve quelque chose, comme dans les films... Qu'aurait fait Cary Grant pour retenir Grace Kelly ? Qu'aurait fait Georges Clooney pour retenir Julia Roberts ?"
"Puis il n'y a plus ni de lui ni de elle, ni d'avant ni d'après, ni de nord ni de sud. Juste le mélange de deux exilés sur un continent inconnu. L'incendie de deux solitudes qui s'accrochent l'une à l'autre. Sur une autre planète, sous un autre ciel, dans une petite maison recouverte par la neige, là-bas à Manhattan."
"Comme sur l'affiche d'un film de Woody Allen, ils sont assis sur un banc avec, à l'arrière-plan, le Queensboro Bridge qui s'élève massivement pour enjamber Roosevelt Island. Au milieu du vent et du bruit des vagues, chacun se perd dans la chaleur de l'autre. Juliette ferme les yeux comme pour mieux s'abandonner au moment présent.
Emportée par une vague de mélancolie évanescente, elle comprend qu'elle est déjà en train de se fabriquer des souvenirs qu'elle portera en elle pendant longtemps. Elle sait qu'elle n'oubliera jamais rien de lui, ni la forme de ses mains, ni le goût de sa peau, ni l'intensité de son regard.
Elle sait aussi que ces instants de bonheur ne lui appartiennent pas complètement puisqu'elle n'est pas "Juliette Beaumont, avocate".
Mais qu'importe, elle engrange les images de ces moments volés et se les projettera les soirs de solitude comme un vieux film dont on ne se lasse jamais.
Car l'éclat de quelques heures de bonheur suffit parfois à rendre tolérables les désillusions et les saloperies que la vie ne manque pas de nous envoyer."
"- Ce que j'essaie de vous faire comprendre c'est que tout a un sens, Galloway. Rien n'arrive qui ne doive arriver, même si les passions humaines dérèglent parfois la mécanique céleste..."
"- Suivez mon conseil : lorsqu'on commence à déterrer le passé, les emmerdes ne sont jamais loin."
"Rien n'est plus trompeur qu'une photo : on croit fixer un moment heureux pour l'éternité alors qu'on ne crée que de la nostalgie."
"Tout le monde croyait qu'elle était dure, mais c'était faux. Elle avait peur tout le temps, de la vie, du quotidien, de tout."
"- Il faut que je vous pose une question, fit-elle après avoir un peu hésité.
D'un geste de la main, Sam l'invita à poursuivre.
- Qu'est-ce qui vous a poussé à aider une femme dont vous ignoriez l'existence il y a encore une semaine ?
- C'est une histoire à la fois très simple et très compliquée, admit Sam.
Colleen laissa passer quelques secondes.
- Je ne connais qu'une chose qui soit à la fois très simple et très compliquée.
- Et c'est ?
- L'amour."
"Certains étudiants répétaient une pièce de théâtre, d'autres jouaient au frisbee, jonglaient ou faisaient du roller.
Surtout, beaucoup avaient sorti leurs instruments de musique et, malgré le froid, faisaient profiter les passants de leurs petits concerts."
"C'était le véritable esprit de New York. Un New York pluriethnique et multiculturel, où pendant quelques instants on pouvait presque croire à l'utopie d'un monde fraternel."
"Soudain, près de la fontaine centrale, un groupe d'étudiants qui attendait le début de la pièce de théâtre reprit en choeur le Hallelujah de Leonard Cohen à la manière de Jeff Buckley. Frappés par la beauté du chant, de nombreux passants s'arrêtèrent pour les écouter et, pendant un court moment, un sentiment de grâce et de pureté plana au-dessus du parc."
"Elle se reprochait beaucoup d'avoir cru à l'amour, alors qu'elle en connaissait les pièges et les désillusions. En bonne littéraire, elle aurait dû écouter les mises en garde de Kant et de Stendhal : l'amour tourmente et fait souffir ; l'amour n'est qu'un soleil trompeur, une drogue qui nous empêche de voir le réel. Nous croyons aimer quelqu'un pour ce qu'il est, nous n'aimons en fait, à travers lui, que l'idée de l'amour."
"Puis la transmission se brouilla, comme un signe que Juliette lui échappait déjà."
"Ils profitèrent alors de chaque seconde. Le temps n'existait plus. Il y avait juste deux êtres, éperdument amoureux l'un de l'autre, qui s'aimèrent comme s'ils devaient ne jamais se quitter."